Les loverooms en copropriété : un phénomène qui interroge
Qu’est-ce qu’une loveroom ?
Le terme loveroom fait référence à une chambre ou un logement proposé en location de courte durée (à l’heure ou à la nuit), souvent aménagé pour une ambiance romantique ou intime pour un couple. Ces hébergements que l'on retrouvent sur Lovlinx se multiplient en France, notamment dans le secteur des meublés de tourisme.
Ces espaces se situent parfois dans des copropriétés résidentielles, ce qui entraîne des questions spécifiques de réglementation, de destination de l’immeuble, et de nuisance potentielle.

Pourquoi les loverooms posent-elles une problématique en copropriété ?
1. Une activité de type hôtelier dans un immeuble résidentiel
Bien que l’activité des loverooms ne soit pas encore encadrée spécifiquement par la législation, elle s’apparente dans les faits à celle d’un hébergement touristique ou hôtelier, générant des flux fréquents de personnes, des rotations rapides et, parfois, des nuisances (bruit, allées-venues nocturnes, altération de la destination résidentielle).
2. Impact sur la vie collective et la destination de l’immeuble
Selon la loi du 10 juillet 1965 et le règlement de copropriété, le lot privatif et les parties communes doivent être utilisés « dans le respect des droits des copropriétaires et de la destination de l’immeuble ».
Lorsque l’usage d’un logement change radicalement — par exemple, d’un usage résidentiel classique à un usage de type « location à la nuit » avec flux fréquents — cela peut affecter la destination de l’immeuble et créer des tensions entre copropriétaires.
3. Absence de distinction légale claire
La loi récente du 19 novembre 2024 donne des outils supplémentaires aux copropriétés pour interdire ou encadrer la location de meublés de tourisme.
Mais la catégorie « loveroom » n’est pas encore juridiquement définie. Il n’existe pas de dispositif spécifique « loveroom interdite/envisagée ». Résultat : les copropriétés se retrouvent souvent dans une zone grise — elles peuvent interdire la location de meublés de tourisme en général, mais difficilement cibler uniquement les loverooms.
4. Tensions entre opportunité économique et tranquillité des habitants
D’un côté, les loverooms constituent une opportunité économique pour certains propriétaires et zones (tourisme, couples, escapades…). D’un autre côté, elles peuvent perturber la tranquillité et la vie familiale au sein d’un immeuble. Le dilemme est réel.
Les outils dont disposent les copropriétés
Modification du règlement de copropriété
La loi de novembre 2024 a abaissé les seuils de majorité nécessaires pour modifier un règlement de copropriété et l’a rendu obligatoire de se prononcer sur l’autorisation ou non de la location meublée.
Ainsi, une copropriété peut voter (majorité des deux-tiers) une clause qui interdit la location de meublés de tourisme, ce qui peut inclure les loverooms.
Le principe des « inconvénients normaux du voisinage »
Même sans clause spécifique, les copropriétaires peuvent agir si l’usage dépasse les inconvénients normaux du voisinage : va-et-vient excessifs, nuisances sonores, usage non conforme à la vocation résidentielle. Le juge peut dans ce cas intervenir.
Surveillance et vigilance
Il appartient au syndic, au conseil syndical et aux copropriétaires d’être vigilants : vérifier les activités de location, les baux conclus, l’usage effectif du lot. Des indices peuvent alerter (fréquence de réservation, type de clientèle, modifications internes non déclarées).
Vers une régulation dédiée des loverooms ?
Les propositions en cours
Une députée, Nathalie Colin‑Oesterlé, a posé une question écrite visant à ce que les loverooms soient distinguées juridiquement des autres locations meublées de tourisme afin de permettre aux copropriétés de les interdire ou encadrer spécifiquement.
Pourquoi la création d’une catégorie dédiée serait utile
Cela permettrait d’éviter que les copropriétés doivent choisir entre interdire toutes les locations meublées ou laisser un effet « porte ouverte » aux loverooms.
Une reconnaissance légale permettrait de mieux encadrer les effets spécifiques (fréquence, puissance des flux, usage destiné à l’intimité de passage).
Elle renforcerait la sécurité juridique pour les résidents, les propriétaires, et les gestionnaires.
Freins et limites
Définir légalement ce qu’est une «loveroom» (critères d’usage, fréquence, clientèle) est complexe.
Risque de stigmatisation ou de confusion avec d’autres types de locations temporaires.
Les pratiques existent déjà — la loi suivrait après, ce qui peut créer un délai d’incertitude.
Conseils pratiques pour un syndic ou un conseil syndical
Vérifiez le règlement de copropriété : autorise-t-il la location meublée ? Y a-t-il des limitations spécifiques ?
En assemblée générale, envisagez une clause d’interdiction ou d’encadrement des locations de courte durée si le phénomène apparaît.
Mettez en place un suivi des activités de location : plateformes d’hébergement, fréquence de réservation, clientèle…
Informez les copropriétaires des risques liés aux flux nombreux, aux nuisances et à l’évolution de l’usage des lots.
Faites intervenir un conseil juridique si un lot génère des troubles : la notion d’usage contraire à la destination est souvent la voie retenue en justice.

Conclusion
Le phénomène des loverooms s’impose comme un enjeu nouveau pour les copropriétaires en France. Si la législation encadre désormais plus largement les locations meublées de tourisme, elle ne distingue pas encore les loverooms de ce cadre plus général. Résultat : les copropriétés doivent anticiper, choisir leur stratégie et renforcer leur réglementation interne pour préserver la tranquillité des résidents tout en laissant peut-être une ouverture économique aux propriétaires.
À terme, une catégorie juridique dédiée aux loverooms pourrait clarifier les règles et offrir une meilleure sécurité à tous les acteurs concernés.


